Myspace.Fr

(Petit coup de gueule à propos de nouvelles situations ridicules)

Y a-t-il eu comme l’annonçait un journaliste de France 24 le 7 avril 2009, des casseurs de boutiques anti-Otan à Strasbourg qui envoyaient des infos en temps réel depuis leur téléphone portable sur leur compte Twitter, cette interface « sociale » à la mode sur internet où les commentaires suivis par vos « amis » (followers) ne peuvent pas dépasser 140 mots?
Que cette rumeur soit fondée ou non, elle servira ici à illustrer la réalité d’un décalage qui est en train de s’aggraver dans de nombreux mouvements de contestation anticapitalistes, pas seulement chez les « violents », et qui était parfaitement imagé cette même semaine du 6 avril 2009 lorsque Myspace France décidait de mettre en Une et avec un titre éloquent le portfolio d’une photographe de l’intérieur des émeutes de Strasbourg.
Ce n’est pas nouveau en soi que les médias à très forte audience s’intéressent aux grandes émeutes et aux rendez-vous internationaux de contestation, surtout s’ il y a un événement tragique (on se souvient des photos de Prague, de Seattle et surtout de Gênes en 2001 avec la mort d’un manifestant tué par balle par un policier, et dont les photo avaient été publiées notamment dans un magazine féminin). Mais ce qui est complètement en train d’échapper à la majorité des participants des mouvements de contestation qui s’attaquent, en théorie ou concrètement, à la politique et à l’organisation sociale capitaliste, donc à une organisation de la réalité qui s’ancre d’abord dans la réquisition des biens matériels et des ressources vitales physiques, du droit à la terre etc., même si tout un pan de ce système est ensuite virtualisé (valeur financière et marchés complexes de l’offre et de la demande), ce qui échappe à un grand nombre donc, c’est la transformation fondamentale que le capitalisme est en train d’opérer autour de la dématérialisation des contenus numériques et des nouvelles habitudes de consommation à l’ère de l’information « gratuite ».

Qu’est-ce qui change si profondément?

A l’heure ou l’Europe vient de statuer l’accès à Internet et à un ordinateur comme des droits fondamentaux pour les personnes [1], on ne peut plus dire que la culture « numérique » et le monde du web soient de simples divertissements. Les échanges d’informations numérisées, reproductibles quasiment à l’infini et sans coût ont porté aujourd’hui nos sociétés dans une nouvelle époque, annoncée depuis la fin des années 1960 déjà comme une « société de l’information ».
Après les nouveaux flux et vecteurs de changement qu’ont été en leur temps le télégraphe, le chemin de fer, le téléphone filaire, la radio et la télévision, Internet est maintenant entré dans le quotidien du plus grand nombre, et en permettant un accès gratuit à de très grandes sources d’informations il révolutionne bel et bien la culture, mais plus encore, dorénavant c’est une évidence, il la structure. Et il s’agit non seulement de la culture que l’on pourrait appeler de divertissement, et ses industries (voir les frasques autour de la stupide loi Hadopi en ce moment en France), mais dans une définition plus large aussi de tout ce qui compose les liens entre les activités des hommes et des femmes, des différentes organisations de ces relations pour s’ordonner en des niveaux de réalité plus ou moins cohérents, mais en tout cas largement effectifs.
En plus des échanges invisibles qui ont lieu en permanence via Internet (et via d’autres réseaux numériques) et dont dépendent les sphères du travail et des institutions, à différents niveaux, tous et toutes nous sommes influencés par un rapport aux nouveaux médias personnels que sont les blogs, sites internet, réseaux sociaux (généralistes ou de « niche »), sites de rencontre, ou autres communautés avec des profils personnels.
Parallèlement à la prolifération banale des capteurs/transmetteurs portatifs que sont les téléphones portables et autres appareils numériques photo ou vidéo, lecteur/enregistreur audio (voire le tout en un), l’éducation aux médias se fait « naturellement » aujourd’hui par le passage à l’écran « augmenté » (par rapport à la télévision), celui qui est connecté à un réseau universel, accessible par tous et toutes. Cette nouvelle conscience de soi dans une possibilité d’être instantanément médiatisé(e), apporté(e), transmis(e) aux autres, via une plateforme vidéo ou photo sur internet par exemple, est maintenant doublée de la conscience que la frontière avec les médias de masse traditionnels comme la télévision s’est fortement réduite. Si les anciens médias irradiants où les spectateurs/trices n’ont pas leur mot à dire, ne sont pas pour autant effacés pas les flux à la demande et l’énorme offre de contenus interactifs sur internet, on constate bien qu’ils sont forcés de s’adapter à ces nouveaux mode de diffusion (c’est un autre sujet). Mieux, la télévision s’inspire et se sert maintenant de ce qui se passe sur le net.
Aujourd’hui l’utilisation d’un blog ou d’un profil personnel sur un site social est pour des centaines de millions de personnes dans le monde (489 millions utilisateurs/trices en 2008) une réalité aussi structurante que l’organisation physique du territoire et de l’accès à la nourriture et à l’eau. Même si bloguer et exister sur internet, ne sont pas une nécessité vitale absolue, ces activités, tout comme les télécommunications en général, sont devenus un pan de la réalité de notre culture tellement importants que, évidemment, des enjeux de contrôle et de rationalisation économique inspirés de ceux sur les ressources physiques et vitales s’y appliquent.

Une critique du capitalisme et de la société marchande en retard

Dans la définition du capitalisme, une des conditions qui est encore fondamentale (avec la propriété privée) est celle de la séparation nécessaire entre les producteurs et les consommateurs. Cette condition encore appliquée à une économie de la rareté, celle des biens physiques, est paradoxalement dépassée aujourd’hui dans la production immatérielle par les différentes révolutions numériques qui ont apporté, avec l’expérience des nouveaux médias et l’ordinateur personnel, des outils de production à domicile et à des prix abordables.
Dans les domaines de la musique, de la vidéo, de la photo, de la Publication Assistée par Ordinateur etc. les professionnels et les studios n’ont plus le monopole de la création, supplantés en nombre et bien souvent en productivité par les « home studios » au cours de ces 10 dernières années.

Si encore très souvent les domaines traditionnels de la production auxquels on associe le capitalisme ne semblent pas au premier abord remis en questions par ces nouveaux usages, plus futiles en comparaison de l’accès à l’eau, à la nourriture et au logement, c’est peut-être parce qu’il y a un manque de réflexion pertinente sur la portée réelle de la culture en tant que conditionnement général et standardisé de tout ce qui règle nos modes de vie, à l’intérieur comme en dehors des sphères traditionnelles du travail et de la consommation.
Oublier que le capitalisme conditionne d’abord des modes de vie, donc des cultures, en produisant des habitudes, des flux de circulation et de désirs, pour réaliser des économies d’échelle et faire tourner ainsi des industries, serait une erreur grossière.
A ce titre, c’est une évidence, les loisirs et les divertissements créatifs sont une part extrêmement importante de la culture, constituant une sorte de liant pour une réalité générale.

Sur internet donc, toute la productivité des médias de loisirs qui ont envahi notre quotidien dans le temps libre et au-delà, s’est instinctivement concentrée dans les années 2000 sur des nouveaux médias de masse rendus populaires par un nouveau prestige de marque technologique et une grande bande passante gratuite. Et la gratuité des offres puissantes des sites stars tels que Myspace, FlickR, Youtube, Overblog etc. a détourné l’attention des aspects inquiétants que soulève le fait de confier du contenu créatif et personnel à des sociétés opaques, demandant l’acceptation de nombreuses contraintes explicites ou implicites, telles que des clauses juridiques strictes ou de la publicité ciblée, voire de l’espionnage de masse, consentis ou non (consulter la définition du « Data Mining » [2]).
Ce flou juridique des conditions d’utilisation mis à part, on peut se demander en 2009 comment on en arrive chez des contestataires du capitalisme à ne pas reconsidérer les sites gratuits comme Myspace pour ce qu’ils sont visiblement: des entreprises commerciales vendues à la publicité et cotées en bourses, dont les utilisateurs créent toute la valeur par l’utilisation qu’ils en font, les contenus qu’ils y déposent, et les échanges qu’ils produisent avec leurs relations. Un nouveau modèle économique qui n’a rien d’anecdotique, puisque des grands groupes de médias ou d’informatique (Fox media, Google, Microsoft, AOL…) rachètent progressivement pour des valeurs en millions de dollars tous les nouveaux sites « sociaux » gratuits qui émergent avec succès. Ce n’est pas un secret.

Conclusion

On peut très bien comprendre le succès des « réseaux sociaux » et autres plateformes web gratuites à la mode, devenus des supermarchés du trafic internet, avec tout ce que ça implique. Les arguments pour les défendre sont sur toutes les lèvres, marketing social oblige: « tout le monde y est, on y fait des rencontres », « on peut promouvoir sa musique gratuitement sur le marché émergent du net » etc…
Soit, chacun fait ses choix, et il vaut mieux parfois essayer pour comprendre au lieu de critiquer sans connaitre.

Mais sincèrement on a atteint un niveau de ridicule particulièrement élevé avec les photos de manifs et de casseurs anti-Otan et anti-répression (banderole « nous sommes tous des terroristes ») en Une de l’édito de Myspace France daté du 6 avril, des photos postées sur un profil par une utilisatrice de Myspace qui a participé aux manifestations.
Apparemment il y a beaucoup de monde qui ne comprend pas la contradiction de cette exposition transformée en coup marketing pour Myspace [3], et qui fonctionne aussi avec d’autres plateformes dont on ne citera pas le nom… Beaucoup de monde qui ne comprend plus rien aux nouvelles stratégies du webmarketing, de l’instrumentalisation sociale par les réseaux sociaux et des campagnes virales. Beaucoup de monde qui n’aime pas les politiques et les publicités des multinationales mais qui leur font de la promotion sur internet en poussant les autres à s’inscrire les yeux fermés sur des sites connus. Beaucoup de monde qui fait un gros « fuck » au capitalisme mais qui aimerait aussi avoir ses photos présentées en Une de Myspace un jour…

Alors dans le monde de la critique du capitalisme justement, si les mêmes rebelles qui nous récitent des couplets situationnistes sur la société spectaculaire-marchande, ou les divers crédos anti-capitalistes appris par coeur, pouvaient prendre un peu de temps pour mettre à jour leurs théories souvent vieilles de 40 ans (et parfois beaucoup plus), cela éviterait peut-être le ridicule de ces situations évoquées en titre [4]. Et cela pourrait même être vraiment utile pour résister, à l’avenir. Un avenir qui s’annonce (déjà) fait de connectivité omniprésente, traçage RFID, géolocalisation, pillage d’informations personnelles et autres Internet des objets.
Sur ce, sans vouloir jouer les prophètes …

Anonyme, avril 2009


Myspace.Fr

Myspace.Fr

Notes:
[1] http://www.touteleurope.fr/index.php?id=2778&cmd=FICHE&uid=3846&no_cache=1
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Data_mining
[3] Pour infos sur le patron de Myspace: http://www.acrimed.org/article2799.html
[4] …même s’il serait faux de prétendre que tous les casseurs soient motivés par des convictions politiques (et à l’inverse de vouloir les dépolitiser complètement).


blogoergosum.com

La géolocalisation n’a rien de nouveau. Les téléphone GSM et les appareils GPS sont aujourd’hui courants dans notre quotidien, et différents « réseaux sociaux » qui utilisent les téléphones portables de leurs membres pour les situer existe déjà également depuis plusieurs mois.
Le cauchemar de toute personne encore un minimum attaché à une conception de la liberté résidant « dans ce qu’autrui ignore de moi » est en train de se réaliser, mais hélas depuis l’intrusion lourde du téléphone portable dans le quotidien il n’y avait déjà plus beaucoup d’illusions à se faire quand à la « vie privée », si tant est que l’on sache encore ce que cela peut vouloir dire.

Ce qui est frappant dans le monde des médias par contre, c’est qu’un fameux article du Monde en début de semaine à propos du dernier site à la mode chez les branchés de Berlin fait ressurgir d’un seul coup les lieux communs de la critique d’une société « Big Brother », tout ça pour se dédouaner de présenter purement et simplement les images publicitaires sexy auxquelles on sait que beaucoup de lecteurs aimeront à s’identifier. Derrière des lieux communs usés au possible on nous vante de façon faussement neutre un mode de vie superficiel dont on devine bien qu’il fait vendre toutes sortes de choses.

Mieux: avec un titre alarmiste repris un peu partout (« tous pistés »), c’est une énième fois, dossier de presse oblige, le coup du site bricolé qui devient une start-up, piégé par son succès immédiat auprès des proches (souvenez-vous Myspace, Ebay, Facebook etc…).
LE dernier site social de géolocalisation facile par téléphone mobile ne serait qu’ « un projet de fin d’études imaginé par cinq étudiants du département publicité de l’Ecole des beaux-arts de Berlin. Le succès de leur invention fut tel auprès de leur entourage qu’ils décidèrent d’interrompre leurs études et de créer une start-up. »

Voir l’article du Monde repris intégralement ici:
http://libertesinternets.wordpress.com/2009/04/07/aka-aki-le-cauchemar-absolu/

Ailleurs, sur France 24, on profitera de la même accroche inquiétante (« tous pistés ») pour nous resservir des arguments éculés: seuls les journalistes de la presse traditionnelle font l’information, LA VRAIE, et internet abrite les prédateurs sexuels qui se cachent derrière de fausses identités:
http://www.france24.com/fr/20090408-ledebat-internet-tous-pistes-1

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Ebauche de théorie d’une créature du réseau social
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Travail en cours – courtes pièces sonores d’après des extraits du texte/théorie de William
Ternier:


+++++++++++
Théorie 2.2.2
http://www.fileden.com/files/2008/7/1/1983845/theorie-2_2_2-mp3.
mp3

(53 secondes – création sonore et musicale: 1000diez)
+++++++++++

-Extrait:
« La bonne idée qu’ont développé les « réseaux sociaux » a été de
rassembler dans une seule page et sur un même site les fonctions de blog
(journal), de messagerie, de tableau de messages (commentaires) et d’album
photo, ainsi que des lecteurs multimédias (musique, vidéo), tout ceci avec la
possibilité d’afficher sur cette même page une liste d’amis représentés
par des petits avatars, illustrations ou photos, mais obligatoirement inscrits
sur le même « réseau social ».
« 

—-
Tous les pièces sonores en écoute streaming ici:
http://myownspace.fr/creaturereseausocial

Que va-t-il se passer quand l’engouement pour les réseaux sociaux généralistes, devenus des supermarchés interactifs de la marque personnelle, ne suffira plus à créer du désir de consommer, ou tout du moins à continuer de générer des représentations marketing propices à pousser l’internaute à s’identifier à des produits et à utiliser des services commerciaux? Un article de 2008 sur un site de veille à propos du « networking-social » influencé par les entreprises, nous donnait la réponse: « voici venu le temps des réseaux de niche ». Après ça on pourra toujours assurer que que Myspace n’est pas ringard, mais même les influenceurs économiques vous avait prévenu:

Après les réseaux globaux, voici venu le temps des réseaux de niche


Et pour info, voici un article au titre faussement critique histoire d’attirer le lecteur sur Le Monde (c’est réussit…), à propos de la notion d’amitié en ligne sur les sites sociaux: Avons-nous de vrais amis sur les sites sociaux?

Voici un article qui développe avec des exemples ce que l’on perçoit derrière l’engouement pour les réseaux sociaux sur Internet. Faits évidents pour les professionnel(le)s de la communication, théories du complot pour les simples utilisateurs et utilisatrices enthousiastes, cet article assez technique et qui ne se veut pas orienté met bien à jour les volontés d’influence hétéroclites qui modèlent les échanges sur le web « participatif ».

Influence sur Internet, de Didier Heiderich

16 pages en PDF ici:
http://www.demainlaveille.fr/wp-content/uploads/2009/01/influence-sur-internet-didier-heiderich.pdf

Résumé:
Un des modes déterminant de l’influence sur Internet est d’imposer au public un parcours hypertexte et cognitif avec l’objectif de le convaincre d’adhérer aux propositions émises et de les relayer. En se fondant sur les typologies d’influence, cet article a pour objet d’analyser les mécanismes qui permettent de convoquer les internautes, d’agir sur la perception, d’imposer une représentation spécifique d’un thème et de la légitimer auprès d’un large public, ceci par la maîtrise des comportements individuels et collectifs des internautes dans la société de l’urgence à l’heure des réseaux sociaux.

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Ebauche de théorie d’une créature du réseau social
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(Travail en cours: courtes pièces sonores d’après des extraits du texte/théorie de William Ternier)


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Théorie 2.1
http://www.fileden.com/files/2008/7/1/1983845/theorie-2_1-mp3.mp3
(création sonore et musicale: 1000diez)
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-Extrait:
« Les « réseaux sociaux » publics et les pages de leurs membres qui jalonnent désormais le paysage d’ internet donnent le sentiment excitant de pouvoir rentrer dans une partie plus ou moins intime de la vie de ces personnes, qui trouvent une satisfaction à dévoiler sans précautions des photos personnelles et des détails sur leur vie de famille ou de couple. Une satisfaction parfois partagée de pouvoir explorer la décoration d’intérieur des vies de ces autres personnes qui s’exposent elles aussi, et qui répandent de façon immatérielle et distante un peu de ce qui n’est plus possible dans la réalité physique immédiate, faute de territoires libres, et faute d’attention, d’écoute, de reconnaissance.« 

Ebauche de théorie d’une créature du réseau social

Texte/théorie de William Ternier, Mise en musique par 1000diez (travail en cours)


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>>>>Théorie 1.2>>
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-Extrait parlé par une voix de synthèse et mis en musique:
http://www.fileden.com/files/2008/7/1/1983845/theorie-1_2-mp3.mp3

-Texte de l’extrait:
« Le terme « réseau social en ligne » décrit un modèle de site du « web 2.0 », qui sert à gagner de nouvelles relations sur internet et à accroitre sa visibilité personnelle.
Le « Web 2.0 » (comprenez web version 2) est un terme apparu autour de 2004 qui décrit une nouvelle époque de rentabilité d’Internet, ainsi que les différentes fonctions dynamiques et interactives de « partage » qui en composent les repères.
[…]
Un « réseau social » est un modèle de site web qui offre à ses membres la possibilité de créer une page personnelle (profil) pour se présenter, d’ajouter d’autres membres du même site dans une liste d’amis visible sur ce profil, et de compter, mesurer et représenter les relations entres ces membres, tout en offrant une exposition et une audience plus ou moins forte selon l’importance et la valeur médiatique (la marque) du site/réseau.
« 

Ebauche de théorie d’une créature du réseau social
Texte/théorie de William Ternier
Mise en musique par 1000diez (travail en cours)


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>Théorie 1.1.3>>>
>>>>>>>>>>>>>>>

-Extrait parlé par une voix de synthèse et mis en musique:
http://www.fileden.com/files/2008/7/1/1983845/theorie-1_1_3-mp3.mp3

-Texte de l’extrait:
« Les « réseaux sociaux », dont le titre même est une sorte d’inversion quand on comprend bien qu’un réseau technique ne peut créer à lui seul un réseau social humain, ne sont pas vraiment comme ils l’annoncent destinés à servir les individu.e.s en leur assurant la médiation avec le monde extérieur. Derrière l’ accroche publicitaire classique du web 2 (« partager, communiquez… »), sous ses apparences séduisantes, le site de « réseau social » sur internet se sert plutôt du monde comme d’une matière première pour assurer la médiation entre lui (le pôle d’influenceurs qui est derrière le site) et les individu.e.s qui se connectent en masse. Des cerveaux ainsi utilisés via des systèmes symboliques et cognitifs pour leurs fonctions techniques de commutation sociale, destinés à opérer des échanges plus larges avec d’autres cerveaux, Online et IRL (In Real Life – dans la vraie vie). Cela pour accomplir et développer tant bien que mal ce que la « théorie du petit monde » (ou « des 6 degrés de séparation ») a laissé entrevoir aux investisseurs de toutes sortes, depuis qu’ Internet est entré dans l’ ère de développement nommée « web 2.0 ». »


« Ebauche de théorie d’une créature du réseau social »
LE PDF du texte intégral de William Ternier est désormais en téléchargement libre ici


« William Ternier, agé de 27 ans, est diplômé de l’ EHESS, une grande école de sciences sociales. En 2008 la filiale française d’une société de réseau social en ligne très connue lui commande un article de sociologie « édulcoré » et sous un angle « inédit », dans le but de personnaliser sa culture d’entreprise (par le biais du story telling)… » [Lire le communiqué de presse entier en PDF ici]

+ +

Musique
1000diez participe au projet en créant des pistes sonores et musicales sur lesquelles des extraits du texte sont lus par une voix de synthèse en français, tout ceci en ligne sur le fake français de Myspace:
http://www.myownspace.fr/creaturereseausocial


Time Magazine 2006

5.
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Les « réseaux sociaux » en ligne, loin d’être une simple virtualité coupée de la vie sociale de par leur nature numérique, dispensent une nouvelle éducation à la réalité, puisqu’ils étendent le champs des relations et les organisent, même si nombre des nouvelles relations créées ainsi sur internet ne dépassent jamais le stade limité du petit commentaire amical et ne seront jamais validées par une rencontre physique, qui est encore évidemment nécessaire à l’évolution et à la construction d’une relation riche.
Mais sur le « réseau social » les connaissances et les amitiés peuvent être rationalisées, et ce qui est de l’ordre relationnel est transformé en capital faisant appel à différentes formes de pensée stratégique pour l’utiliser, l’instrumentaliser, l’augmenter. Ami-e-s, visites, commentaires, ces fonctions repères du web 2.0 si « participatif », peuvent être pour toute entité qui se les approprie des formes numériques de ce qu’était auparavant le porte-à-porte, le télémarketing et les réunions Tupperware: des outils de propagation d’un message vers une cible.
Et de fait les sites de réseau social les plus importants (et les mieux valorisés financièrement) sont ceux sur lesquels leurs membres se sont le mieux approprié ces outils.

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L’affectif et le ressenti sont liés aux capacités intellectuelles. Les discussions et les relations avec d’autres êtres créent des émotions qui influencent notre perception du monde et dans une certaine mesure le développement de nos capacités intellectuelles, tout comme la fiction et les médias influencent les réalités sociales et inversement.
Les technologies numériques découlent en grande partie d’une volonté ancienne de rationaliser le monde à l’extrême afin d’assurer un rendement prévisible aux flux commerciaux et un contrôle efficace des individus au sein des Etats [15]. Mais l’ « Internet » (inter-réseau), longtemps considéré par les médias et les « utopistes » comme un strict espace de dématérialisation des présences et des contenus, un espace hors contrôle, hors contrainte, dé-socialisant, est maintenant devenu à l’inverse dans l’imaginaire un outil de socialisation et de publicité personnelle et marchande.
De la vision simpliste et première d’une certaine culture de l’anonymat (pseudonymes, culture underground et occulte voire cryptée, moyens de paiements numériques encore difficiles à utiliser à leurs débuts), on est passé à un réseau de « communication et de partage » (selon les slogans publicitaires), avec la possibilité de satisfaire un besoin de reconnaissance et d’attention personnelle en nom propre, et à la portée de tous/toutes.
A la fin des années 90, alors que certains efforts étaient engagés de la part d’ institutions et d’entreprises pour annoncer la révolution qui était en marche avec internet (mais qui n’avait pas encore trouvé un développement riche et surtout stable – voir la période économique de la « bulle internet » et son éclatement (2000), on n’oubliait pas que l’internaute moyen était un homme de moins de 35 ans, citadin, parlant anglais, diplomé de l’enseignement supérieur et ayant des revenus élevés (1999, rapports des Nations Unies)[15].

Internet est devenu aujourd’hui dans l’imaginaire et dans la pratique de masse une sorte d’album souvenir géant, doublé d’un service de rencontres perfectionné. Chacun peut espérer recevoir de l’attention en se mettant en valeur sur des gros réseaux qui dépassent en importance et en prestige les cercles traditionnels de la famille et du travail, et dans une certaine mesure de la télévision et du centre commercial, à quoi pouvait se résumer la grande réalité jusqu’à ce qu’arrive Myspace.

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L’initiation aux réseaux sociaux en ligne est par nature « virale », efficace par immersion et propagation. Le développement du principe mécanique du bouche-à-oreille adapté aux réseaux numériques est un objectif stratégique fondamental sur lequel repose une grande partie du développement de l’économie numérique. Et on y fait l’apprentissage de cette règle: le média c’est le groupe.
Et l’objectif c’est la Marque.

A l’évidence l’adaptation d’un individu à un réseau social en ligne se fait sur la même base.
Cette adaptation est sans doute destinée à se faire de plus en plus tôt et de façon profondément affective, parce que la création d’un profil peut aussi être une étape importante de développement personnel. Un site de réseau social n’est pas seulement un outil mais un réel espace de créativité et d’expression pour nombre de personnes, jeunes et adolescent.e.s notamment qui peuvent y trouver un refuge ou simplement un complément précieux, quand les conditions de leur milieu réel physique sont pauvres, stériles, ou violentes.

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Les différentes projections d’un.e individu.e dans des espace qui ne sont plus seulement délimités géographiquement mais plutôt superposés, simultanés et profondément liés à l’affectif et au développement de la personnalité, sont considérées comme les nouvelles zones à conquérir par les entrepreneurs inventifs et avides de profits.

Envisagé comme une stratégie de marketing, le développement de sa propre « marque personnelle » (Personnal Branding [16]) est une étape clé de la transformation des habitudes dans la continuité de la culture de consommation.

Si vendre une marque est maintenant envisagé comme une entreprise de fidélisation affective (dixit), faire passer l’habitude de rationaliser son propre univers affectif en l’organisant au format des réseaux sociaux est une transition primordiale vers une plus grande conquête du cerveau humain.

Pour les entreprises, Internet a fait perdre le contrôle des marques sur ce qui se dit sur elles, et leur influence unidirectionnelle a été remise en question par des sphères non-professionnelles qui ont pris la parole sur des blogs et des zones d’échanges, qui peuvent être maintenant aussi influents que des grands journaux.
Et la seule solution pour elles de récupérer cette mainmise, de contrôler ce qui se dit, est de l’améliorer, de l’augmenter, d’apporter un contenu plus pertinent, pour alimenter les discussions et redevenir l’influenceur. Aucune marque ne souhaite qu’un article ou qu’un site qui dit du mal d’elle n’arrive en tête des résultats sur google quand vous tapez son nom.

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La créature du réseau social serait cet utilisateur/trice intuitif/tive du web 2.0 par lequel passeraient de façon assez souple les flux d’intention contagieux (viraux pour employer le terme marketing exact), sous formes de contenus ou d’opinions, et qui les propagerait en les relayant avec les outils de « partage » du web 2.0, les augmentant à son tour en devenant contributeur/trice actif/tive, créateur/trice de contenu dérivé, et donc producteur de valeur.

Cette créature, complexe, multiple, qui ne peut être strictement contrôlée sur internet de part la nature des échanges (encore trop) décentralisés, peut être et demande à être influencée, à la façon du soft power des médias (engendrer chez l’autre le désir que l’on veut qu’il désire) d’autant mieux adapté à l’ internet version 2 que l’individu.e y est redevenu le centre d’attention, au moins en apparence.
Pour prévoir la façon dont la créature va se comporter, elle a qui on doit donner de la valeur pour qu’elle en apporte à son tour, on proposera donc des modèles, des schémas.

Notes, liens, bibliographies

[15] Histoire de la société de l’information, Armand Mattelart, ed. La Découverte
[16] http://personalbranding.unblog.fr/